Les rencontres Outiller les luttes ont réuni des collectifs de toute la france pendant deux jours à Notre-Dame-des-Landes en 2025 sous le nom « Rencontres des subsistances subversives ». Au programme : réflexions sur le projet politique, échange de savoir-faire et constructions d’outils.


En 2026, ces rencontres ont eu lieu sur une ferme en polyculture élevage dans la Loire : la Martinière. Avant d’être une association, c’est une ferme paysanne sur la côte Roannaise qui s’inscrit dans un projet politique local de nourrir et de faire vivre le pays, ainsi que de maintenir un réseau actif de paysannerie et d’artisanat. L’association défend le rôle essentiel de la paysannerie et de la lutte des classes dans le débat public et pour les luttes, et s’inscrit notamment dans l’héritage politique des Paysans Travailleurs.

 

Parmi les axes de travail actuels, l’équipe considère que nous avons perdu en matière d’histoire populaire et des luttes des années 70. Sans cette histoire, on est en peine pour comprendre comment se structurer dans le temps long. Pour ne pas reproduire cet écueil, nous avons une responsabilité de transmission des lignes politiques autant que des outils et objets. À la Martinière, nous sommes d’ailleurs dans un lieu chargé d’histoire et de chants de luttes : c’est donc une affaire intergénérationnelle.

 

Les rencontres Outiller les luttes sont un moment où on s’équipe, on discute, on construit nos outils. Des objets pour s’organiser, tenir dans la durée, passer à l’offensive, mais aussi pour faire des alliances et se rencontrer. Un objet n’est cependant pas une fin en soi : l’intention est dans ce qu’il permet. En cela nos outils doivent multiplier leur raison d’être, justifier leur existence en servant, toujours, plusieurs causes :

 

  • S’émanciper par l’auto construction et l’appropriation de nos moyens de production
  • Mutualiser nos outils pour renforcer nos communs
  • Rallier des paysans, les greniers et les mutuelles de matos pour nourrir d’autres causes
  • Nourrir des luttes pour les faire durer, dans l’esprit des caisses de grève et des réseaux de ravitaillement
  • Diffuser du son pour donner de la joie tout en tractant des messages politiques
  • Équiper un cortège d’un dispositif de protection durant un assaut policier.

     

Non contents d’utiliser de la matière pour un usage, dans un esprit extractiviste léger, nous utilisons de la matière dans un objectif révolutionnaire. Ce que nous empruntons aux productions industrielles nous devons l’utiliser pour des raisons fortes qui dépassent la débauche matérielle et énergétique. Est utile ce qui remplit plusieurs fonctions : émancipatrice, sociale, offensive, légère ou économique.

 

Nous proposons donc un événement qui regroupe plusieurs formes de :

  • Luttes offensives
  • Subsistances subversives (cantine, mutmat, etc.)
  • Joie militante et communication (teuf, projection…)
  • Diffusion de pensées (chant, média, etc.)

Mais soyons bien d’accord : si on a des outils pour les luttes sans luttes, alors on n’a rien. Nous voulons produire des outils pour les luttes, mais nous devons aussi être parties prenantes dans la stratégie et l’action. Il nous faut s’impliquer, pousser des lignes, entrer dans les organisations et ne pas venir en simple support. Si l’outil, la base arrière ou la logistique sont une bonne porte d’entrée et un soutien essentiel, cela n’est cependant pas satisfaisant. 

 

De plus, il s’agit de s’organiser pour lutter dans un contexte plus qu’offensif, avec une internationale réactionnaire fasciste qui asseoit son pouvoir partout, en France comme dans le reste du monde. Et lutter contre l’extrême droite qui devient hégémonique sous-entend ancrer un projet dans le temps long. Nous voulons rentrer dans une logique cumulative et ne pas nous satisfaire d’actions ponctuelles et parfois décousues. Nous avons besoin d’assurer des réseaux coordonnés, avec une base matérielle satisfaisante pour se battre dans la durée. Le sujet des alliances est donc central, tout comme celui des actions coordonnées dans des situations de crises climatiques, de mouvements sociaux et populaires.

 

Des ouvrages existent déjà qui documentent des outils, que ce soit des plans sur internet pour construire une Zbeulinette ou des articles dans des revues, mais ils sont bien trop souvent incomplets ou insuffisants. Nous devons nous organiser pour faire circuler les objets et les méthodes d’organisation qui s’inscrivent dans les stratégies insurrectionnelles.

Trop d’expérimentations restent cloisonnées à l’intérieur de cercles restreints alors qu’elles seraient réapropriables par d’autres luttes. Nous devons mieux les recenser pour pourvoir les diffuser largement et renforcer nos réseaux.

 

Notre objectif est donc de rassembler un réseau actif qui outille les luttes, avec :

 

1 – Un projet politique, dont nous proposons là une première forme à retravailler

2 – Une méthodologie permettant de socialiser des objets (stratégies de diffusion / formation)

3 – Un recensement internationaliste des outils de luttes

4 – Des groupes d’actions organisés pour venir en appui à des luttes locales ou à des crises climatiques, comme cela s’organise par exemple pour les grands feux de l’été 2026 partout en France.